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30. Les spectacles FR

Les pièces au répertoire

vendredi 30 octobre 2009, par perdiem

Les pièces ci-dessous sont au répertoire des tournées de SANKAI JUKU.

Professionnels : les dossiers artistiques, fiches techniques et photos en haute résolution sont téléchargeables dans ESPACE PRO.

KINKAN SHONEN Graine de Cumquat (1978, re-créé en 2005)
C’est gravé dans la mémoire : l’enfant Ushio Amagatsu en uniforme, qui regarde la mer. En mémoire aussi les dos nus et poudrés qui lentement, mus par un mouvement des hanches, semblent se débarrasser d’une vieille peau pour une renaissance. Pourtant cela ne date pas d’hier. C’est en 1978 que le chorégraphe japonais créait pour son groupe Sankai Juku (« l’atelier de la montagne et de la mer », Kinkan Shonen (graine de kumquat). Dans cette pièce référence, les Sankai « ces êtres du milieu » selon Amagatsu, offraient un rituel calme, majestueux, fusionnant avec l’animal, le poisson ou le paon. Se découpant sur un fond de scène, véritable tableau composé avec des poissons séchés, les danseurs se meuvent avec la lenteur qui caractérise le butô et qui étire le temps jusqu’à sa suspension. Vingt-sept ans plus tard, Ushio Amagatsu a eu l’heureuse idée de présenter à nouveau ce spectacle.
Marie-Christine Vernay in Le Monde

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UNETSU Des Oeufs Debout par Curiosité (1986)

La pièce de Sankai Juku est artistiquement et symboliquement si forte qu’elle suscite une émotion profonde… Sur scène, une nappe d’eau carrée, comme un bassin bordé de dalles plates. Entre une pluie de sable (la mort) et une autre d’eau (la naissance), la pièce, véritable cérémonial, utilise avec grand art l’espace et les lumières dans un environnent sonore tantôt pacifié, presque lyrique, tantôt violent et agressif.
Doigts rouges, visage peint en blanc, les danseurs évoluent autour et à l’intérieur du bassin que traverse en guise d’ouverture, et comme une prière, Ushio Amagatsu. Il y a aussi tout un ballet en forme de huit traces dans l’eau qui s’anime en ondes concentriques ; et une séquence très forte où Amagatsu allongé sur la dalle soulève l’oeuf et l’emporte autour du bassin pour s’élever très haut sous la pluie d’eau qui tombe, si haut que l’oeuf se brise...
Il faudrait aussi parler de la beauté plastique des surfaces horizontales (dalles, plan d’eau) et des trois verticales (le sable qui s’écoule, l’eau, l’oeuf suspendu). Sans compter, bien sûr, tangents à la surface, les oeufs, blancs comme les costumes, posés debout.
C’est sur la vision d’Amagatsu enseveli sous la chute de sable que s’éteignent les lumières. “Ils ne sont plus là. Un espace vide. Un voyage. On continue à marcher” : extrait d’un texte d’Amagatsu, cette phrase ne dit-elle pas l’essentiel ?
Lise BRUNEL, in Le Matin

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HIBIKI (1998, Prix Laurence Olivier, meilleure production chorégraphique, Londres, 2001)

Sur une simple scène sablonneuse, des gouttes d’eau, lentement, tombent d’urnes suspendues dans les airs. Le bruit des gouttes recueillies dans 13 grandes lentilles de verre, est magnifié par les musiques de Yoichiro Yoshikawa et du pianiste Takashi Kako.
Les solos d’Amagatsu, dans cette production, sont une tempête de gestes, de cassures des mains, des doigts, de soudaines torsions du torse. Son contrôle du mouvement est si délicat qu’il fait penser à un mirage, exacerbation des sens. La dimension lyrique et épique de ces spectacles, font penser à une sorte d’examen approfondi de la structure moléculaire du monde.
Car Amagatsu est à la biophysique ce que Pina Bausch est à la psychologie ! Puisant son inspiration dans les transformations les plus minimalistes des couleurs et des textures des cellules qui constituent le monde, il les transforme en mouvements et en émotions.
Nulle autre spectacle du nouveau millénaire ne semble plus en phase avec l’histoire.
Gilles KENNEDY, in New-York Herald Tribune (Traduit de l’anglais)

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KAGEMI (2000)

Grâce à Kagemi (qui signifie miroir), c’est à une cérémonie grandiose que l’on est convié. Le rideau s’ouvre sur un étonnant solo. Ushio Amagatsu évolue sur un socle noir, à droite d’un plateau recouvert de 100 feuilles géantes de lotus blanc. Sa gestuelle est subtile, concentrée, retenue, précise. Il s’efface, et la nappe blanche se lève, découvrant les danseurs.
« Au plus haut point du mouvement réside le repos. » Les corps blancs évoluent imperceptiblement, et se nimbent du halo nacré que dégagent leurs propres gestes. Le son de l’eau semble les épouser.
La magie prend une ampleur bouleversante, quand quatre danseurs revivent, vêtus de noir et de blanc, l’horreur du cataclysme qui s’abat sur la chair. Sous les secousses électrifiantes d’une guitare, le butoh se fait miroir de l’effroi. Derrière les masques, des visages rient de l’horreur, d’autres grimacent. Le sentiment qui émane est à la fois atroce et jubilatoire.
Puis cette concentration d’humeurs mêlées cède la place à l’accalmie : Ushio revient. Sa force contenue, la délicatesse de ses mains, ravissent. Il nous ramène des spasmes de l’horreur aux plages de la sérénité.
Là est le tournant moderne du butoh : la capacité à évoluer sur diverses registres musicaux, la puissance d’une esthétique plus galvanisante que torturée. Artaud sut dévoiler le théâtre et son double. Ici, Kagemi offre la danse comme un miroir de l’âme. Duale et passionnée.
Bérengère ALFORT in Les Saisons de la Danse

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TOKI (2005)
Une chose crève les yeux : la singularité insolente de ce monde suavement trouble qui trempe la danse dans un bain rare de poésie et de philosophie. Et ce, sans appuyer, en traçant simplement sur le plateau un mouvement aiguisé, travaillé, toujours en quête de la connexion juste avec soi-même et le réel.
Toki (en japonais : un instant dans les temps entrelacés) ajoute une pierre à l’édifice construit depuis trente ans par l’artiste japonais. Dans un demi-cercle cerné par sept dalles noires dressées, les sept hommes de la compagnie Sankai Juku glissent torse nu et les jambes entravées par les couches soyeuses de leurs jupons orangés.
Insectes à crochets, anémones de mer ou officiants d’un rite ignoré, les Sankai Juku se laissent observer comme une espèce humaine inconnue dont on décrypte le rébus peu à peu, à même la peau marbrée, couverte de poudre blanche qui se disperse au cours du spectacle.
Rares sont les chorégraphes qui font sentir des notions aussi improbables que l’invisible, l’intime, le mystère de soi. Un solo interprété par Amagatsu lui-même possède un fort pouvoir de fascination. Retranché sur un tapis, il avance, avec toujours ce déjeté de la hanche, le long d’une diagonale. À chaque pas, le combat intérieur s’intensifie, faisant remonter une terreur archaïque du vivant.
ROSITA BOISSEAU in Le Monde

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TOBARI (2008)

En japonais, tobari se dit « d’un voile de tissu séparant un espace en deux parties » ou évoque « le passage du jour à la nuit ». Le cosmos illumine le fond de scène et se reflète parfois en particules lumineuses sur un tapis ovale bleu posé au centre. Vêtus d’une longue robe plissée beige ou d’un pagne orange, les Sankai le traversent en glissant. Comme toujours, les bras dansent en premier, s’élèvent et se tordent, accrochent l’air pour tirer sur le fil de la vie ou le couper sec.
Ushio Amagatsu seul en scène un peu plus tard, grimaçant, poussant d’immenses cris muets, devient le centre d’un oracle, ramassant la vie et la mort dans une danse saisissante.
Rarement le chorégraphe, figure depuis plus de trente ans du butô, ne s’est autant livré à son penchant pour l’expressionnisme. _Le mystère de l’émotion suscitée par Tobari réside aussi dans un mélange de lucidité et de romantisme. Cette combinaison émotionnelle s’alimente d’un lyrisme musical signé Takashi Kako, Ya-Kas, Yoichiro Yoshikawa, vieux complices d’Amagatsu. _Violons en spirale, guitares et curiosités sonores, de quoi transformer parfois ces créatures « du milieu, entre masculin et féminin » selon la définition d’Amagatsu, en précieuses sorcières, émissaires d’un néant qu’elles sont seules à connaître.
Rosita Boisseau in Le Monde

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UTSUSHI (2008)
Cette scène de “Kinkan Shonen / Graine de Cumquat” fait maintenant partie de “Utushi”. Ushio Amagatsu a créé cette pièce pour le plein air en y rassemblant plusieurs séquences tirées de ses différentes chorégraphies.
Mais “Utsushi” représente bien plus qu’une simple compilation. Ushio Amagatsu créé ici un dialogue époustouflant de beauté entre son art et la nature, entre les sons naturels et les musiques enregistrées, entre la danse et le vent, la scène et le ciel, les étoiles au-dessus de nos têtes et le feu qui brûle devant nous.
Dans un autre rapport au théâtre, le spectateur devient ici partie prenante du rituel. Danseurs et public se retrouvent sous le même ciel, en présence du même feu, et quand le vent souffle et déplace les volutes poudrées, on dirait que ces mouvements aléatoires du sable sur le sol sont encore des chorégraphies d’Amagatsu.
Chaque élément semble faire partie d’un grand tout. L’extérieur approche l’intime, la nature et l’art se reflètent l’un dans l’autre et l’acte artistique devient lui-même élément de cette nature. Avec “Utsushi”, Ushio Amagatsu ouvre une autre porte à travers laquelle chacun peut admirer et sentir une forme de beauté de la vie, de la nature et de l’art.
Raimund Hoghe

UMUSUNA (2012)
Créé à l’opéra de Lyon dans le cadre de la Biennale de danse 2012, UMUSUNA, mot venu du fond des âges de la langue japonaise, renvoie à la naissance, à la notion de double et de contraires qui s’harmonisent, au sol aussi, à la terre natale. Ici, c’est une danse des racines humaines dans un environnement de sable, omniprésent.

2 vastes rectangles couverts de sable, séparés par un étroit passage se prolongeant sur le mur de fond de scène par un vide qui suggère une présence invisible. A cour et jardin, en arrière-scène, 2 immenses pendules (parfaitement équilibrés et immobiles) en forme de quasi cœur égrènent dans un rythme ininterrompu 2 fins filets de sable venant se déposer sur 2 vastes cercles. Le temps rencontre l’éternité, l’unité se dévoile trine.

Ushio Amagatsu apparaît au cœur de cet espace mesuré, et avec lui se matérialise la ligne invisible joignant ciel et terre. Le sable et le mouvement. La danse est comme insufflée de cette vitalité légère, chaude et douce. Le « geste diaphane » acquiert la qualité du sable, organique, mû par le poids et sans cesse traversé par l’air et le traversant. Le sable invite le geste à une physicalité non-matérielle –« unearthlike quality ». Sept tableaux composent Umusuna, chacun dominé par une couleur (rouge, turquoise, jaune vif, vert, blanc, etc.), des feux de plongée latérale –tels les rayons au travers des vitraux de cathédrale– rappellent aux corps en mouvement cette peau de sable qui pourrait laisser vivre dans le geste quelque chose de l’âme.

Il y a, c’est sûr, de l’universel dans le butō d’Ushio Amagatsu, modernité puisant, elle aussi, aux mémoires d’avant l’histoire. Quelque chose d’universel qui, dans Umusuna, s’inscrit par contraste dans la chair de l’histoire d’un peuple.

Par Franck Waille in Paris-Art

MEGURI (2015) En cette période de cerisiers en fleur dans le sud du Japon, Ushio Amagatsu, fondateur et chorégraphe de Sankai Juku, n’a hélas pas le temps de se livrer à la contemplation. « Meguri » vient d’être joué au Kitakyushu Performing Arts Center avant une tournée qui mènera la troupe des Etats-Unis à Paris. Sankai Juku fête ses 40 ans d’existence.
Dans « Meguri », les interprètes semblent manipulés par une force extérieure, le tout dans une palette de couleurs qui touche au sublime. Parmi ses sources d’inspiration, Amagatsu cite aussi bien le peintre Vermeer, pour ses nuances, que le philosophe Gaston Bachelard. Rien d’hermétique pour autant : il faut se laisser envahir par le sentiment de beauté qui émane des séquences. Danse tourbillonnante, sauts comme arrêtés, positions repliées entre le foetus et l’insecte. Un univers unique. « Je suis japonais mais je crois qu’en art l’universalité existe. Je pense mes créations à partir de cet aspect commun à tout homme. » On croise désormais des dames en kimono dans la salle, preuve de la respectabilité nouvelle d’Amagatsu. « Mais je ne pense pas être devenu un trésor national vivant ! – titre donné aux grands acteurs du nô ou du kabuki. »
Depuis, Ushio Amagatsu a mis en scène des opéras, été fait commandeur de l’Ordre des arts et des lettres, mais aime par-dessus tout le travail en studio « sans miroir pour les danseurs. Une fois données, mes créations appartiennent au public ». La générosité ou l’art de vivre à la japonaise.
Par Philippe Noisette, Paris-Match 2015

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