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Activités

Partir randonner seul : préparation, repérage, sécurité

8 min de lecture Les activités qui se vivent seul

Balise de grande randonnée peinte en blanc et rouge sur un bloc de granit, au bord d'un sentier de pierres
Balise de grande randonnée peinte en blanc et rouge sur un bloc de granit, au bord d'un sentier de pierres

En 2025, les secours en montagne français sont intervenus 4 562 fois pour la seule randonnée pédestre, sur 9 187 interventions au total. La marche à pied pèse plus lourd que l'alpinisme, le ski de randonnée, le VTT et le parapente réunis.

La randonnée est aussi l'activité de montagne la plus pratiquée, et celle où l'on part le plus légèrement préparé. Marcher seul n'ajoute pas de danger en soi. Ça retire le second regard qui, à deux, rattrape le calcul faux et l'embranchement manqué. À la fin de cette page, vous aurez quatre choses : un itinéraire dont la durée se calcule au quart d'heure près, une heure de demi-tour écrite avant de partir, une personne prévenue qui sait à quel moment donner l'alerte, et une conduite à tenir quand le sentier cesse d'être visible.

Choisir un itinéraire dont la durée se calcule

Le tri commence sur une carte. Le Géoportail de l'IGN donne le tracé, le profil du terrain et les altitudes pour toute la France, gratuitement. C'est de là que sortent les deux nombres dont tout le reste dépend : la distance horizontale et le dénivelé positif cumulé.

Pour une première sortie en solitaire, un aller-retour bat une boucle, et la raison est arithmétique. Sur un aller-retour, chaque mètre du retour est un mètre déjà parcouru : vous pouvez renoncer n'importe où sans allonger le trajet. Une boucle vous engage. Au tiers du parcours, faire demi-tour coûte souvent plus cher que continuer, alors même que la fatigue commence à peser sur le jugement.

Le balisage compte autant que le relief. Un PR, sentier de promenade et randonnée balisé en jaune, se suit sans carte pendant des kilomètres ; un tracé trouvé sur un blog et jamais balisé demande une lecture de carte permanente. La randonnée seul en montagne ajoute une contrainte : au-dessus de 2 000 mètres, la météo bascule en une heure, et le point de repli est rarement là où la voiture est garée.

Fixer l'heure de demi-tour avant de partir

La norme allemande DIN 33466 donne une base honnête : 4 km/h sur le plat, 300 mètres de montée à l'heure, 500 mètres de descente. On additionne le temps de distance et le temps de dénivelé, puis on retranche la moitié du plus petit des deux : on ne monte pas et on n'avance pas en même temps.

Prenons 12 kilomètres, 700 mètres de montée, autant de descente. Trois heures de marche à plat, deux heures vingt de montée, une heure vingt de descente : le compte tombe autour de cinq heures. Ajoutez les pauses et le repas : comptez six.

Reste l'heure limite. Prenez l'heure du coucher du soleil, retirez le temps de descente calculé, retirez encore quarante minutes. Vous obtenez l'heure à laquelle vous faites demi-tour où que vous soyez, sommet atteint ou non. Elle s'écrit sur le téléphone avant de quitter le parking. C'est la consigne la plus ingrate de la liste, et celle qui rattrape le plus d'erreurs. Décidée à deux cents mètres du col, elle ne tient jamais.

Votre sortie

Prévenir une personne, et lui donner une heure

Prévenir quelqu'un ne sert que si cette personne sait quoi faire, et quand.

Un message utile contient cinq éléments : le nom du massif et celui du sentier, le lieu exact où la voiture est garée, l'heure de départ, l'heure à laquelle vous comptez être rentré, et l'heure à partir de laquelle elle appelle le 112 sans vous redemander votre avis. Le seuil horaire est ce qui fait travailler tout le reste. Sans lui, votre correspondant hésite, se dit que vous avez traîné, et les secours partent de nuit au lieu du crépuscule.

Une seule personne suffit. Trois personnes prévenues, ce sont trois fils de messages à rassurer, ce qui vide exactement l'énergie qu'on était venu chercher. Une personne, avec une consigne précise, achète le droit de ne plus regarder son téléphone jusqu'à l'heure dite. Sur un parcours de plusieurs jours, le principe ne bouge pas ; seule la fréquence des points de contact change.

Lire le balisage, et réagir quand il disparaît

Les marques peintes suivent un code national, posé par les baliseurs bénévoles de la fédération française de la randonnée pédestre. Deux rectangles de 10 par 2 centimètres, superposés, disent que vous êtes sur le bon itinéraire ; la couleur dit lequel.

Les deux rectangles

Le sentier

Blanc et rouge

GR, grande randonnée, itinéraire de plusieurs jours

Jaune et rouge

GRP, grande randonnée de pays, boucle régionale

Jaune

PR, promenade et randonnée, sortie à la journée

Deux rectangles croisés en X annoncent une mauvaise direction. C'est le signe le plus utile du code. Il ne se trouve pas sur votre chemin mais sur celui qu'il fallait éviter, souvent quelques mètres après l'embranchement.

Vient le moment où la balise suivante n'arrive pas. La règle se décide à l'avance, parce qu'elle contredit tout ce dont on a envie sur le moment : au bout de dix minutes sans marque, on ne continue pas, on ne coupe pas à travers la pente, on revient sur ses pas jusqu'à la dernière balise vue avec certitude. Ce repère s'éloigne à chaque minute de marche en avant. Depuis lui, on cherche le départ du sentier en éventail, sans jamais le perdre de vue.

Le piège classique, c'est la sente de troupeau. Elle est nette, elle descend agréablement, elle est fréquentée par des bêtes qui n'ont pas de voiture au parking, et elle s'efface dans un pierrier au bout de vingt minutes.

Ce qui se passe quand on compose le 112

Depuis avril 2020 en France métropolitaine, un appel au 112, au 15 ou au 18 déclenche la localisation mobile avancée. Le téléphone allume seul sa géolocalisation, calcule sa position, l'envoie par SMS au centre de traitement à quelques dizaines de mètres près, puis éteint tout pour préserver la batterie. Vous n'avez rien à activer : le centre a vos coordonnées avant que la conversation ne commence.

Le 112 emprunte aussi le réseau de n'importe quel opérateur présent sur la zone. Un écran qui affiche « appels d'urgence uniquement » signale exactement cela : un réseau qui n'est pas le vôtre, et sur lequel l'appel passera. En zone blanche, sans aucun réseau, rien ne part, et c'est le seul cas où le sifflet du sac reprend son intérêt.

L'opérateur veut ensuite quatre informations dans cet ordre : où, combien de victimes, dans quel état, et quel temps il fait sur place. La dernière décide de l'envoi ou non de l'hélicoptère.

La première sortie sert de contrôle

Notez l'heure prévue de retour, puis l'heure réelle en revenant à la voiture, et regardez l'écart. Moins de trente minutes, votre estimation est bonne et vous pouvez allonger. Plus d'une heure et demie sur une sortie de six heures, votre allure est plus lente que la norme : corrigez en retirant du dénivelé, pas de la distance.

Une première sortie se choisit un mardi plutôt qu'un dimanche, sur un sentier fréquenté. Le mardi, vous croiserez trois personnes au lieu de quarante. Assez pour que quelqu'un passe si vous restez assis, trop peu pour que la journée devienne sociale. C'est la logique des dates creuses appliquée à un sentier.

Reste à refermer le dispositif : vous rappelez la personne prévenue en arrivant à la voiture, avant de reprendre la route. Oublier ce message envoie des gens chercher quelqu'un qui dîne chez lui.